Aloussény, hygiéniste au CTE de Macenta

Aloussény, hygiéniste au CTE de Macenta

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Depuis 8 mois que je travaille en Guinée sur l’opération Ebola de la Croix-Rouge française, j’ai évidemment  croisé Aloussény au CTE de Macenta. Il y travaille depuis son ouverture en novembre 2014. Un monsieur toujours discret et réservé, au sourire énigmatique ; un monsieur qui, comme de nombreux guinéens, a souffert de l’épidémie d’Ebola.

Quand il parle de lui, de son histoire avec Ebola, il commence invariablement de la même manière, les yeux dans le vague :

« Je suis père de trois enfants, deux garçons et une fille. Ma femme est morte au CTE de Guékédou le 24 septembre 2014. »

Aloussény a toujours du mal à raconter son histoire. Les sanglots lui serrent la gorge et ses lèvres tremblent.

« Nous vivions à Bofossou et notre petite dernière avait six mois. Le père de ma femme, Maryame, est tombé malade et a été à l’hôpital de Macenta mais là, il n’a pu être guéri. Il est retourné au village où de nombreuses personnes étaient malades. C’est quand mon beau-frère est tombé malade à son tour que ma femme a insisté pour aller là-bas, s’occuper de ses proches. Je lui ai demandé de ne pas y aller, de ne pas risquer de tomber malade mais elle est partie quand même avec la petite sur le dos.

Deux jours plus tard, son papa est mort et sa maman est tombée malade. Maryame a présenté des symptômes quatre jours plus tard. J’ai téléphoné à la Croix-Rouge guinéenne qui l’a emmenée au CTE, avec ma fille. Le 8 septembre, après le prélèvement sanguin, on m’a appris que ma femme avait Ebola. Notre bébé était à la crèche mais a développé rapidement les symptômes et a été admis au CTE. Elle aussi était contaminée… Je n’ai pas réussi à le dire à Maryame, elle me demandait des nouvelles de notre fille et je lui disais qu’elle allait bien et qu’elle mangeait correctement. Dans la nuit du 23 septembre, ma femme m’a téléphoné pour me demander d’entendre notre fille. Là non plus je n’ai pas pu me résoudre à lui dire la vérité, alors j’ai demandé à une maman, qui était là avec sa fille, si elle pouvait faire pleurer sa petite. Elle a compris la situation et c’est ce qu’elle a fait. Maryame était soulagée d’entendre sa fille.

Elle m’a demandé de prendre soin de nos enfants, de bien s’en occuper.Je lui ai dis qu’on s’en occuperait ensemble à sa sortie du CTE. Mais c’est la dernière fois que je lui ai parlé. J’ai appelé sur son téléphone, tôt le lendemain matin, à 5h puis à 6h et encore à 7h, mais elle n’a pas répondu. C’est à 9h, en arrivant au CTE pour la voir que j’ai appris qu’elle était morte dans la nuit. »

Cette histoire, Aloussény l’a confiée a l’équipe de soutien psycho-social du CTE de Macenta qui l’aide à faire son deuil. Il continue à s’entretenir régulièrement avec les psychologues de l’équipe.

Sa fille est finalement sortie guérie du CTE. Elle est la seule survivante de la famille de sa femme, dont 17 membres sont décédés.

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